Juin 2009 - Bolivie - Les maux de la fin...

Haddock vient de casser sa pipe au sol, Indiana a laissé tomber son chapeau en chemin, Bond a lancé sa rose rouge au vent. Blanche-Neige n'a même pas eu le courage de la rattraper au vol, et s'en est retournée sans rien dire dans son pays des merveilles.
Sur le bord de la route ne restent que Guillaume et Rachel ; le premier recroquevillé, la seconde silencieuse. Les vélos sont couchés sur leurs sacoches : ils se font tout petits... Ils ne reconnaissent plus leur maître : plus rien de la fougue coléreuse du Capitaine, plus rien du courage légendaire de l'aventurier, plus rien du sourire ravageur du héros. La seule chose qu'ils perçoivent ce sont des soupirs, des hoquets, des sanglots. Et le vent qui souffle. Toujours.

Sur le bord de la route, il ne reste que nous. Et la décision que nous devons prendre. Pour la première fois depuis que nous roulons ensemble, mon chéri n'arrive pas à me suivre. Pour la première fois depuis que nous roulons ensemble, le corps a pris le pas sur le mental. Il faut se rendre à l'évidence : Guillaume est maintenant trop faible pour continuer. Ses jambes ne veulent plus lui obéir, et se soumettent elles aussi à la maladie qui le mine depuis maintenant deux mois. Nous sommes à quatre-vingt kilomètres du but. La bagatelle qui nous permettrait de boucler la boucle, celle qui nous conduirait tout droit au point que nous avions quitté il y a deux ans. Quatre-vingt kilomètres. La bagatelle qui rend la décision à prendre un peu plus amère. Mais nous sommes là, sur le bord de la route, et, finalement, cela n'a pas tellement d'importance. Nous avons tant avancé depuis presque un an ! Alors oui, nous allons faire une grande pause ; oui, nous allons prendre le train pour nous rendre dans une grande ville ; oui, nous allons aller à l'hôpital et faire, enfin, des analyses complètes ; et, oui, nous allons repartir ! Faire une pause, ce n'est pas mettre un point, c'est ouvrir une parenthèse. Faire une pause, ce n'est pas continuer à écrire, c'est apprendre à souligner. Mettre des couleurs sur ce qui est important pour nous, sur ce qui nous anime, sur ce que nous vivons.

Nous sommes à Oruro, après 15 heures de train, et une fatigue inédite pour notre héros. Dès notre arrivée, nous nous sommes rendus à l'hôpital public San Juan de Dios, et deux heures après, Guillaume était sous perfusion, après avoir été conduit à son lit en fauteuil roulant ! Le dortoir où il se trouve a des allures de dispensaire d'après-guerre : une vingtaine de lits de fer se font face en rang d'oignons ; seuls trois d'entre eux sont occupés. Un cortège d'apprentis-infirmières s'échinent à prendre la tension et la température de chacun des malades ; tout à l'heure, elles passeront l'après-midi à confectionner des étiquettes à attacher sur leur lit. Elles mangeront aussi des oranges en montant de la son de la télévision ou en téléchargeant le dernier tube latino sur leur téléphone portable. Aucune d'elles n'ira nettoyer les excréments qui gisent depuis le matin dans les toilettes... L'hygiène n'est visiblement pas la priorité ici : pas de savon, pas de gants, pas de papier toilette ; un homme en bleu de travail et au sourire avenant, apporte des biscottes après avoir nettoyé le petit vieux du lit d'à-côté. Peu importe. Nous attendrons que les perfusions s'écoulent lentement, et nous ramènerons notre héros à l'hôtel, où il rejoindra sa belle...

Nous sommes maintenant couchés dans un lit aux draps roses. Au loin, nous entendons l'agitation du marché que nous avons photographié il y a quelques semaines. Au porte-manteau, le chapeau d'Indiana est revenu comme par magie : il attend son tour ; sur la table de chevet, la pipe de Haddock invente les nouveaux jurons à venir, et la rose de Bond reste incroyablement fraîche. Tous trois savent que de nouvelles aventures se préparent : traverser l'océan pour rejoindre le continent européen, et là, sur la chaude terre d'Espagne, retrouver leur maître plus héroïque que jamais !



5 commentaires:

Anonyme a dit…

un peu de foie de morue pour faire repartir le capitaine :) mille milliards de mille sabords, il va quand même pas passer par dessus bord !! il en a vu d'autres des bourasque !! allez Hadock, regonfle toi à bloc :)
mama

Anonyme a dit…

Coucou les amoureux!
Je viens de parcourir votre blog qui m'a fait rêver grâce aux photos, aux récits magnifiques...
bravo à miss blanche neige et à mister johns.
Merci d'avoir partagé votre périple avec ses beaux et plus pénibles moments.
je vous fais de grosses bises. A bientôt.
Stéphanie du Lycée de Mourenx

Anonyme a dit…

Une décision n'est bonne que quand elle est prise. Donc si nécessaire, favorisez la parenthèse au point final; ou si elle vous semble difficile à insérer dans l'aventure, peut-être qu'un point final serait frappé au sceau du bon sens, l'histoire est déjà assez belle comme ça !! En vous souhaitant bon courage et un bon rétablissement, je vous souhaite tout de même, ceci dit, de remonter en selle le plus tôt possible, et d'achever au mieux vos échappées belles !!! bises à vous deux. Clément.A

Anonyme a dit…

Hello les bikeurs, c'est ton cousin Nico.Allez les petits,le plus dur est fait comme tu l'as souligné mais il ne faut pas rester sur cette defaite.Penser à tous les cols,les vallées,les plaines,les villes,les chemins franchies par tous les temps.C'est du bonheur dans la tête et dans le coeur, c'est du bonheur de vous lire mes superhéros.Courage courage Guillaume rétabli toi comme il faut et en plus tu as une infirmiére de luxe.
Bisous à tous les deux
Céline et Nico

Anonyme a dit…

salut les aventuriers.j espere que le capitaine reprend des forces.Je suis sur que blanche neige prend soin de capitaine.J'en profite pour te souhaiter un bon anniversaire pour tes 30 ans.encore bon anniv' Rachel et bon retour a vous 2.biz a bientot ad