L'association
Un art de vivre
Depuis quand les trésors sont-ils enfouis dans le ciel ?
Depuis quand faut-il lever les yeux pour découvrir ce qu’on cherche toujours sans jamais le trouver ?
Depuis quand faut-il « éprouver » la terre pour sentir que le ciel existe ?
Cette idée de « se faire des trésors dans le ciel » nous est venue à la relecture d’un de nos livres de chevet, écrit par le Chercheur d’absolu qu’est Théodore Monod. Cette citation n’est pas de lui, mais de St Matthieu : « Faites vous des trésors dans le ciel, là où les mites et la rouille ne dévorent pas, où les voleurs ne percent pas les murs pour voler »
On s’étonnera de trouver des trésors dans le ciel.
On s’étonnera surtout que ces propos émanent de cyclopèdes. Le cycliste n’a-t-il pas pour habitude de regarder la terre, tête dans le guidon, dans se soucier des étoiles qui le guettent au-dessus ?
« Tête dans le guidon ». C’est sans doute de là que vient l’étrange paradoxe. Comme tant d’autres métaphores, celle-ci semble avoir perdu son sens premier : je n’ai jamais autant eu la « tête dans le guidon » que lorsque je n’étais pas fixée sur ma selle. Se lever le matin et refaire machinalement, sans y penser, les gestes quotidiens. Fixer l’horloge. Dire bonjour. Parfois sans s’en apercevoir. Démarrer le contact. Entendre sans écouter vraiment. Remplir le caddie. Côtoyer l’infiniment bas. Et rêver de l’infiniment haut.
Je n’ai jamais autant eu « la tête dans les nuages » que lorsque j’étais fixée sur ma selle.
Qu’est-ce à dire ?
Il est à dire qu’il est bon d’« éprouver la terre » pour sentir le ciel au-dessus de soi. Il est vrai que je regarde souvent la terre lorsque j’arpente les pistes d’une caraterra australe ou l’asphalte d’un col alpin. Il est vrai que mes jambes sont lourdes et que je me sens fichée au sol, luttant péniblement pour braver le relief. Il est vrai que j’arrose le sable du sel de ma sueur. Et pourtant. Mes yeux sont vers le bas, mais mon cœur vers le haut. « Là où les mites et la rouille ne dévorent pas, où les voleurs ne percent pas les murs pour voler ».
Les trésors que je vois dans le ciel seront bien peu de choses aux yeux de beaucoup. Il s’agira d’un silence ou d’un bruissement de feuilles. Il s’agira d’une brise tiède ou d’un souffle frais. Il s’agira surtout d’un repos du regard et de l’esprit. Il s’agira de liberté.
« Faites-vous des trésors dans le ciel ».
Il s’agit bien de « faire » en effet, et non de « subir ». Trop souvent dans notre société, nous perdons la notion du « faire », au profit du « recevoir ». Tout est dû aujourd’hui. Mon crédit est dû, ma voiture est due, mon chauffage est dû, l’éducation de mes enfants est due, mon écran plasma est dû. Et pourquoi ne me plaindrais-je pas légitimement de ne pas bénéficier de ce qu’un autre peut avoir ? Et pourquoi ne me complairais-je pas dans cette illusion du choix que me donne la société de consommation ?
Il serait bon de se poser cette question : que choisit réellement aujourd’hui un citoyen français ? Quelles sont les décisions qu’il prend et qui émanent directement de lui, de sa conscience, de son âme ? Nos choix de vie – il n’y en a pas tant que ça, trois ou quatre grands choix dans sa vie, a coutume de dire mon père – ne se limitent-ils pas pour beaucoup entre deux marques de pots de yaourts ? La société ne nous trace-t-elle pas des chemins de vie tout faits, sans que nous puissions même prendre le temps d'y réfléchir?
« Se faire des trésors dans le ciel », c’est donc choisir. Choisir d’aller à rebours, à contre-courant. Choisir de ne pas choisir entre deux marques de pots de yaourts. Choisir de ne pas subir des alternatives toutes faites. Choisir de se créer des choix.