Mai 2009 - De La Paz a Oruro : "Pura pampa!"

Après les splendeurs du lac Titicaca, nous nous enfonçons dans les rues labyrinthiques et profondes de La Paz. Etrange ville que celle-ci, entièrement construite sur une forme de canyon. Le Bolivien qui vit dans la capitale n'a d'autres choix que de monter ou descendre. "Un vrai cauchemar ! ", nous confie l'un d'eux. Nous n'avons pas de peine à le croire, et ne resterons là que le temps de penser à notre retour et de nous procurer nos billets d'avion. Cheminer dans une ville telle que La Paz est pour nous bien plus éprouvant qu'une journée de montagne à vélo...
Après cette plongée en pollution bouillonnante, nous reprenons la route jusqu'à Oruro pour environ trois-cent kilomètres de "pura pampa". Les maisons de brique inachevées s'espacent peu à peu pour nous laisser au désert d'une lande jaunâtre, asséchée par déjà plus de trois mois sans pluie. Nous traversons quelques villages, et remplissons nos sacoches du peu de denrées que nous trouvons. Parfois, sans qu'on s'y attende, et sans savoir pourquoi, une paysanne se détache sur cette langue de terre aride. Elle attend, garde quelques bêtes. Une autre, silhouette diaphane et aérienne, se dessine là-haut, au bout d'une pente inattendue. Dans sa main, elle agite un malheureux fromage qu'elle vendra à l'automobiliste assez lucide pour s'arrêter devant cet ange sorti de nulle part. Ailleurs, devant la porte d'une maison entrebâillée, de grandes bâches s'étendent accueillant en leur surface les innombrables grains de maïs à sécher.
Souvent, notre regard décroche, se fixe sur le goudron, oublie qu'il est en terre bolivienne ; nos pensées vagabondent. Puis un nouveau village nous ramène à la réalité : il nous faut trouver un endroit pour dormir. La lande n'offre pas assez de discrétion pour camper et est avare en eau. Il n'y a pas d'hospedaje dans ces contrées, mais il y a des centres de santé. Rares bâtiments assez neufs pour se détacher nettement de l'ensemble. Par deux fois, nous nous présentons et demandons l'hospitalité. Nous en profitons aussi pour nous faire ausculter : depuis quelques temps, nous nous sentons tous deux fébriles, et souffrons de problèmes bien communs dans ces pays où l'eau et la nourriture ne sont pas sans reproches. L'accueil est toujours bon : on nous laisse camper, ou on nous propose un cuartito qui ne sert pas. On nous offre du maté, des clémentines ou des biscuits. On nous offre surtout des sourires et de la discrétion. Et cela nous va bien.
Un autre soir, deux hospedaje se présentent à nous, mais nous font fuir. Non que nous soyons bien difficiles, mais, quittes à n'avoir ni douche ni toilettes, nous préférons la chaleur de nos duvets, plutôt que les puces des draps poussiéreux. Nous faisons le plein d'eau, et repartons en pampa. Quelques kilomètres plus loin, nous trouvons un corps de maisons abandonnées. Nous nous engouffrons dans ce refuge de terre cuite, comptons sur l'épaisseur des murs pour nous protéger un peu du froid. Les maisons en ruines sont fréquentes sur ces routes, et ce n'est pas la première fois que nous nous en servons. Quelques paysans ont bien dû nous apercevoir, mais, pour cette nuit, ils feront comme si ils ne nous avaient pas vus. Et c'est ainsi que de centres de santé en maisons abandonnées, nous arrivons doucement à Oruro, ville en apparence plus calme que La Paz, mais non moins animée. Nous trouvons cette fois un vrai hôtel, avec douche chaude (!), et laissons nos costumes d'Indiana à l'entrée... Nous apprécions ce confort provisoire, mais salutaire ! Au seuil de ce palace s'ouvre le marché de la ville. Depuis que nous sommes sous la ligne de l'Equateur, nous avons oublié ce qu'est un supermarché, et faisons nos courses en déambulant dans les allées des marchés couverts et découverts. Là, les étalages de fruits et légumes jouxtent les "bars à jus" ; à côté, les viandes découpées du matin sourient depuis leur suspensoirs ; plus loin, la marchande de pain attend le chaland, tandis que sa voisine, assise derrière son comptoir de riz et de papiers hygiéniques, écoute vaguement le transistor qui grésille sous son bras. Partout des cantinières nourrissent le passant : chacun mange en silence dans une assiette de vieille porcelaine à fleurs. Et nous, nous passons, nos sacs plastiques en main. "Que vas a llevar, mamita ?" Nous achetons un peu partout, de plus en plus familiers à ces contacts presque quotidiens. Tout à l'heure, au sixième étage, sur la terrasse ouverte de l'hôtel, nous ferons cuire nos oeufs et nos petits légumes, et nous siroterons notre infusion de feuilles de coca en regardant de loin l'agitation de la ville... Un nouveau souffle qui nous portera jusqu'à Uyuni !

3 commentaires:

Unknown a dit…

Superbe!
Profitez en bien et remettez-vous de cette fievre!
Vous nous faites envie!
Sara et seb

Anonyme a dit…

quitter la paz pour s'en aller vers Uyuni, vous avez pris la Bolivie dans le bon sens : le plus beau est devant vous !!
bisous
mama

Anonyme a dit…

le pique-nique au 6ème étage de l'hotel, ca m'a l'air bien sympa tout ça...
Bises
sara