Fin fevrier - Colombie, parle-nous de toi!

Ainsi donc, Colombie, ton nom viendrait du célèbre conquistador et non du bel oiseau d'albe, comme nous l'avions rêvé.
Ainsi donc, tu porterais en ton sein les germes de guerre, et non les graines de paix.
Tu serais ainsi faite qu'on ne parlerait de toi qu'une grimace dans les yeux. Toi la belliqueuse, toi qui ne sais pas élever tes petits dans l'amour du prochain, toi qui leur apprends à séquestrer les innocents, et à tuer les indifférents. Toi Colombie, la non grata. Celle où il ne faut pas mettre les pieds. Celle qu'il faudrait survoler sans poser un regard sur tes flancs.
Colombie, si tu savais tout ce que l'on dit sur toi.
Avant de partir, on nous avait mis en garde. On nous avait deconseille de te parler. Soumettre l'idée de fouler ta terre, c'était déjà faire partie de ces insouciants, pauvres idéalistes qui vivent de leur foi en l'Homme. Alors nous baissions les yeux, nous esquivions la question. Nous verrions bien sur place.
Et puis il y a eu notre rencontre avec les Mormons qui a remis la doxa à sa place.
Et puis il y a eu la violence du Salvador et du Honduras.
Et puis il y a eu nos amis cyclistes. Qui tous nous ont témoigné de leur amour pour toi.
Alors on a levé les yeux, et on a eu envie de te connaître. Sans se poser plus de questions. En assumant notre foi.
Colombie, parle-nous de toi !
Tu nous as reçus de nuit, dans cette grande ville de Cali. Et nous nous sommes sentis bien. En sécurité. Aucun de tes enfants ne nous a insultés ni interpellés. Beaucoup nous ont salués et encouragés. Aucun d'eux n'a cherché à prendre nos biens ; rares sont ceux qui ont voulu nous faire payer leur service.
Car ils sont fiers de toi, tes enfants. Ils veulent te réhabiliter. Ils savent bien que ton image est ternie ; ils savent bien tout ce qu'on dit au coin de la rue. Ils le savent puisqu'ils le vivent. La guérilla n'est pas une fiction. Elle continue de tuer ; huit indigènes la semaine dernière. Mais ils savent aussi que la guérilla, ça n'est pas toi. Ils connaissent ton cœur, ils connaissent l'odeur de ta terre, et la saveur de tes fruits. Ils t'aiment et veulent te faire aimer. Ils te pardonnent les coupures d'eau et d'électricité si fréquentes. Ils te pardonnent tes irrégularités, ton manque de fiabilité parfois. Ils savent trop que ce n'est pas là ce qui te définit. Toi, tu es dans l'arôme du café, dans le sucre de la papaye, dans la fougue du rio. Tu es la graine de cacao, tu es la main noircie du paysan. Et tu es terre d'accueil. Tous tes enfants le disent : tout le monde peut venir te voir, même les frères ennemis de l'Equateur et du Vénézuela. Tu n'exiges pas d'eux qu'ils te présentent des papiers introuvables. Tes fils, eux, ne peuvent sortir de tes entrailles : tes voisins ont trop peur.
Alors, bien sûr, Colombie, nous n'irons pas explorer toutes tes terres. Nous savons que nombre d'entre elles ne t'appartiennent plus, puisqu'elles servent de prisons injustes.
Mais sais-tu que tu fais naître en nous un sentiment d'amour ? Nous aimons tes montagnes ; nous aimons leurs formes généreuses, et les arbres qu'elles abritent. Nous aimons tes fruits, nous aimons tes rios. Nous aimons ton instinct de protection. Partout la nature est première. Partout, tu nous invites à la préserver. Car tu es riche, Colombie. Et tu nous as parlé.
Et nous allons parler de toi nous aussi. Nous allons dire au monde combien tu es belle.
Et un jour, peut-être, l'oiseau d'albe te survolera sans avoir peur de te regarder.
Et les hommes, eux aussi, sauront te reconnaître.

2 commentaires:

chantal75 a dit…

je viens de connaitre votre blog à tous les deux, superbe message "d'amour" pour ce pays...ça fait envie

Anonyme a dit…

Et bien... s'il avait besoin d'un attaché de presse, la Colombie pourrait faire appel à toi Rachel ! Beau message d'amour pour un peuple...
A presto

Sara