Fin novembre - Les folles aventures de Blanche-Neige et d´Indiana Jones

Blanche-Neige, c'est moi. Parce même sous le soleil des Tropiques, je reste aussi blanche que les fesses de la reine d'Angleterre. Et aussi parce que, parfois, les pommes mexicaines ont un goût amer...
Il y a vraiment des jours où l'on préfèrerait que le soleil ne se fût pas levé, et où le moral se cache dans les chaussettes. Ces jours-là, Blanche-Neige pédale et déprime. Elle oublie même de rire aux plaisanteries du Capitaine Haddock ; lui-même ne sait plus quel juron inventer pour satisfaire sa colère !
Le 18 novembre au soir, en montant la tente, Guillaume grimace : un des trois arceaux vient de se briser ! Comme ça, sans prévenir. On s'étonne, on râle un peu. Mais on se rassure : mon Indiana Jones de chéri a tout prévu ("Il est bien mon homme, hein ?", - re) : on a de quoi le changer. Ouf. On s'endort rassérénés par tant d'à-propos. Il faut dire que mon âme de Jane a ses limites, et que la perspective de dormir à la belle étoile, sans tente, en zone tropicale, ne me réjouit que très modérément... Les heures passent ; le souffle se fait plus lent ; les insectes restent à la porte.
Pendant la nuit, je sens que je dors à même le sol : mon matelas est crevé. Pour la seconde fois en quinze jours. Pas grave : la colle anti-crevaison doit traîner quelque part dans les bagages de mon aventurier. Je me rendors sans inquiétude.
Au petit matin, Indiana Jones grimace : un deuxième arceau vient de se briser. Ca commence à faire. On verra ça ce soir. On aura le temps d'y penser sur le vélo.
Sauf que la route n'est pas de tout repos. C'est comme les montagnes russes, l'excitation en moins. L'angoisse en plus. On se retrouve telles deux boules de flipper au coeur d'un jeu vidéo. Le but est d'éviter les camions Zigzagueurs, les trucks Pass'oucrève, et les trailers de la Muerte. Le problème, c'est qu'il n'y a pas de règles du jeu. En tous cas, pas pour tout le monde. Le Capitaine rumine, et Blanche-Neige Haddock prend le relais, à coups de jurons franco-hispano-universalisants, et de gestes sans équivoque. Et les sept nains n'ont qu'à bien se tenir, parce que, mierda, c'est pas le moment !
La journée passe ; les sourcils froncés sur le vélo. Blanche-Neige n'a vraiment rien d'une princesse enchantée. A peine le sourire de la reine d'Angleterre. Arrive alors l'heure bénie de trouver un endroit pour dormir. Allez Blanche-Neige, un petit effort : il faut que le charme opère si tu veux qu'un bel Hidalgo t'accepte sur son terrain. Mais des bouts de jurons doivent encore être collés sur le coin de sa bouche... Cinq essais, cinq refus.
La nuit approche. La tente est toujours mouillée et le deuxième arceau n'est pas réparé. Le Capitaine Haddock s'échauffe : "On prend le premier squat pourri qui se présente, parce que, mille milliards de mille sabords, on n'a pas que ça à faire !"
Blanche-Neige prend bonne note.
Nos héros finissent par dégoter un coin de bosquet en bord de route. On regarde à droite, on regarde à gauche : pas de camions. Vite : on s'enfonce dans le bosquet, on défait les sacoches, on fait sécher la tente, on sort l'arceau bancal... Et on sursaute ! Trois coups de fusils viennent de retentir. A une cinquantaine de mètres. Manquerait plus qu'on nous prenne pour Bambi, et la fête serait complète. On prend sur soi, on respire, et on se dit que, non, Indiana Jones ne peut en aucun cas être pris pour une pauvre petite bête fébrile. Donc, on s'enfonce dans le bosquet, on planque les vélos, on défait les sacoches, on fait sécher la tente, on sort l'arceau bancal... Et on lève les yeux. Et là, on voit. Des centaines d'abeilles en train de s'exciter au combat au-dessus de nos têtes. Un peu plus loin, sur la droite, enfouies sous les lianes tropicales, de vieilles caisses en bois et un bourdonnement incessant : les ruches !
Le moral a quitté les souliers de Blanche-Neige pour rejoindre les vers de terre, et le sang d'Indiana Jones ne fait qu'un tour. C'est que... les abeilles, c'est son talon d'Achille. Et elles le savent... Ni une, ni deux : on remballe tout, vélo, sacoches, tente, arceau bancal...
ET C'EST LE DRAME !
Guillaume, alias Capitaine Haddock, alias Indiana Jones, se fait piquer sur son biceps énooooooooorme en pleine action.
La goutte d'eau.
Haddock Jones se transforme soudain en Mister Hulk. Les muscles se tendent, les veines se gonflent, le visage se crispe. D'étranges convulsions nerveuses secouent frénétiquement ses sourcils et la lèvre supérieure de sa bouche écumante. Les poils de son torse défrisent. Son corps entier n'est plus que colère résonnante... Le cri d'Hulk Frugier fait trembler le bitume ! Les abeilles la ferment, et le Mexique en prend pour son grade. Même les chasseurs ont rebroussé chemin. La Capitaine Haddock, c'était vraiment de la gnognotte.
Blanche-Neige étouffe un rire nerveux.
Elle attend les derniers soubresauts de son chéri protéiforme. Les cris s'atténuent, les poils reprennent leur courbe, l'écume rentre au port. Et Hulk redevient peu à peu Jones. Les nerfs en moins. Et ça, ça fait du bien.
Les sacoches sont de nouveau sur les vélos, la tente mouillée dans son étui, l'arceau cassé toujours cassé. Et en route, mauvaise troupe.
Et viva Mexico !

La morale de l'histoire, c'est que, comme dans tous les (bons) contes de fées, les amoureux s'aiment toujours à la fin. Ils finissent par trouver un petit nid d'amour, par réparer les arceaux de malheur, et par se faire un bon plat de spaghetti, façon "La Belle et le Clochard".
Et comme ils sont romantiques, ils admirent même le scintillement des lucioles dans la nuit noire... Il y a donc bien des fées au Mexique !

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Nous, a des milliers de kms, ont ri un peu de votre aventure. J'espère quand même que Guillaume n'a pas eu trop de soucis. La dernière fois que je me suis faite piquée par une guêpe, ma cuisse avait doublée de volume. Une pensée donc pour M. hulf et un bisou à Jones.