16 octobre 2008 - De l'autre cote de la frontiere...



Le mot « frontière » n’a jamais eu autant de sens qu’ici. Il est fou de penser qu’une ligne tracée sur une carte puisse avoir tant de pouvoir!
Après avoir signalé aux Américains que nous les quittions, nous payons à la douane notre droit d’entrée pour un nouveau monde. Dans quelques instants, le spectacle va commencer...
Nous entrons dans le village de Naco comme dans l’univers d’un film. A peine en selle que nous sommes déjà dépaysés. Les grandes enseignes américaines ont disparu. De petites boutiques au ton pastel ont pris la place. De nouveaux mots apparaissent ; les sonorités sont plus douces et plus féminines. Les odeurs mêmes nous assaillent : à la friture du McDo succède celle des empanadas, que relèvent les pots d’échappement laissés sans soin depuis longtemps. Les acteurs aussi ont pris leur place : à deux ou trois, assis devant leur tienda, ils saluent le chaland. Ils connaissent bien leur rôle ; pas un sourire ne nous échappe.
Mais ici, ce n’est pas un film comme les autres, c’est un vrai spectacle vivant! Pour la première fois depuis longtemps, nous nous sentons regardés, intégrés dans le scénario : on nous salue à notre passage...
Au fur et à mesure de notre avancée en terre mexicaine, les routes s’étrécissent, se craquellent et se fendillent. Nos roues vacillent, nos porte-bagages se plaignent. Les mains se crispent sur le guidon. Certains camions nous frôlent, d’autres klaxonnent. Les voitures passent et dépassent. Le sourire et là, mais il n’y a pas de place pour les vélos ici... La première ville apparaît donc à nos yeux comme un premier refuge. Mais il serait insensé de rechercher un camping : il n’y a pas de touristes ici. Nous passerons notre première nuit dans la caserne des pompiers ; la deuxième se fera une place dans un pré, la 3ème derrière un terrain de basket et la quatrième au milieu des vaches, au bord d’une rivière.
Il est loin le temps de la ménagère récalcitrante! C’est avec une facilité parfois déconcertante que les Mexicains nous accueillent sur leur terrain. La nature même de notre requête paraît les étonner. Mais non, ça ne gêne personne. Aussi longtemps que vous vous voudrez.
Et pendant ce temps la température monte dans la salle de cinéma. La climatisation n’existe pas de ce côté de la frontière. Toute la place est laissée à ... la Chaleur!

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