Nous avons donc traversé l'océan, et remonté nos vélos dans le grand aéroport de Madrid. Nous avons surtout redécouvert notre vieille Europe. Et cette odeur si familière sur le tarmac... L'air est sec et emplit nos poumons, le soleil est déjà là, et nous sourions bêtement. Nous revoilà, après presque un an d'absence.
Tels deux Usbek à Paris, nous redécouvrons le pays, - l'Espagne, puis la France. Elle est étrange cette impression de familiarité et de dépaysement à la fois ! Nous reconnaissons tout, mais notre regard est neuf. Tout devient détail et retient notre attention. Nous redécouvrons la mode : toutes les femmes sont belles et apprêtées, toutes leurs robes sont différentes ; nous redécouvrons l'odeur de la cigarette qu'un passant vient d'éteindre ; nous redécouvrons la propreté des rues et des buildings. Nous entrons dans un supermarché... et redécouvrons l'abondance. J'avais oublié la largeur des allées, la froideur des frigos, l'infini des étals. J'avais oublié la diversité et le choix. J'avais oublié les gants stériles du charcutier ; les pyramides de yaourts, et les montagnes de fruits. J'avais oublié les CD, les revues, les écrans plats... Guillaume attend dehors, éternel gardien de nos fidèles bécanes ; j'emplis mon panier de jambon de pays, de fromage et de pain croustillant... et je souris de retrouver ces saveurs jamais oubliées. L'appétit du Capitaine est revenu. Nous salivons en silence.
Sur les routes d'Espagne, tout nous paraît si calme. Les voitures ralentissent à notre vue ; s'arrêtent même parfois. Nous n'en revenons pas de tant de prévenances. Six jours suffiront pour une traversée chaude, aride et solitaire. Nous ne détonons plus, personne n'est surpris de nous voir là, nous nous fondons dans le paysage. Nous demandons notre chemin, on nous répond toujours en souriant, et chacun reprend sa route et sa vie. Nous ne rencontrerons ni Ann, ni Brian, ni Maria, ni Oscar. Mais nous nous faisons à cette indifférence nouvelle : elle est le signe que nous sommes de retour au pays. Nous savourons tant de rouler de nouveau ensemble, avec une santé recouvrée pour notre Capitaine. Nous savourons de dormir de nouveau à la belle étoile sous une moustiquaire maintenant trouée. Nous savourons cette transition sans trouble, avant les grandes émotions des retrouvailles... Car évidemment nous y pensons. Dans quelques jours, nous reverrons amis et familles ; avec leurs joies, leurs questions, leurs attentes, leurs sourires, leurs étonnements, leurs incompréhensions aussi parfois. Nous allons surtout les voir, les serrer dans nos bras, et nous retrouver, comme avant, - comme si on s'était quittés hier. Je navigue entre excitation et appréhension... Tout tourne dans ma tête : notre vie future se dessine, et je m'imagine déjà à la rentrée de septembre lorsque nous passons devant le collège de Lasseube.
Nous avons choisi de rentrer par nos chemins d'amoureux : le col de la Pierre St Martin, et la caresse de ces Pyrénées qui nous sont si chères. Qu'elles sont belles nos montagnes ! Nous les redécouvrons comme on redécouvre une boite de vieilles photos dans un grenier oublié ; nos yeux brillent et se posent sur chaque rocher. Nous rentrons en France sous une pluie froide de juillet... Rien n'a changé ! Et plus rien ne nous arrête : dans une centaine de kilomètres, nous avons rendez-vous avec nos premières retrouvailles... Maître Guillaume retrouve le chemin de l'école, sur cette route d'Urdes qu'il a faite à vélo des centaines de fois l'année dernière. Les volets de l'établissement sont fermés, aucun ballon ne traîne dans la cour de récré. Nous avançons un peu plus loin. Jacques nous aperçoit, Jean-Marc nous reconnaît, et Elodie nous sourit déjà. Nous sommes là. Nous l'avons fait. Nous avons traversé les Amériques, nous sommes de retour, et nous voulons vous voir. Vous qui nous avez suivis toute cette année, vous qui avez partagé nos émotions, vous qui nous avez encouragés, félicités, soutenus dans nos pires moments. Si vous saviez comme vous avez été là, avec nous, sur les routes ! Si vous saviez comme vos petits mots nous ont portés ! Jean-Phi, Edith et Cécile nous rejoignent. La table se gonfle d'olives et de cacahuètes, on prépare du foie gras dans la cuisine, on débouche la bouteille promise et au frais depuis longtemps. Les enfants courent partout : maître Guillaume est revenu ! Qu'ils sont bons ces moments partagés ! Et nous avons tant de choses à nous dire. Autour de la table, notre retour se scelle : pour la première fois, nous nous entendons parler de notre aventure ; la voix ajoute une intonation aux mots écrits, elle les rend plus vivants ; nous nous rappelons des anecdotes presque déjà oubliées. En vous parlant de notre voyage, nous réalisons qu'il est passé, mais qu'il est là. En nous parlant de votre vie, de vos enfants, de l'année écoulée, nous réalisons que la route ne nous a pas éloignés de vous. Bien au contraire. Nous ne nous sommes jamais sentis si proches.
Demain, nous reprenons le chemin des retrouvailles. Le temps ne presse pas : il sera notre allié dans ce retour étrange et familier.
2 commentaires:
et hop ! pour une fois, c'est moi qui mettrais le premier commentaire. Heureusement que j'ai téléphoné à Maman pour prendre de vos nouvelles !!!!
Nous aussi on ne vous oublie même si on appréhende un peu les retrouvailles. Après ce que vous avez vécu, allez-vous toujours nous accepter tel que nous sommes ?
Bon, je parie sur votre mansuétude ;-)
Plus que 11 jours !!!!
bises
sara
welcome home!
ca nous fait très bizarre de lire ce retour au bercail ... Avec quelques mois d'écart, nous nous projetons: ce sera nous dans quelques mois ... gloups!!
Profitez bien de ces retrouvailles qui vont bien se passer, tout naturellement!
On attend de vos nouvelles!
Sara & Sébastien
(au Pérou avec riz et poulet au menu ...)
ps: Il n'y a pas que le Capitaine qui salive à l'idée de manger une baguette croustillante et encore chaude, avec jambon du pays et fromage! ON EN VEUT NOUS AUSSSSSIIIII!!!
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