A croire que lorsque l'on est sur un nuage, on n'a pas d'autre choix que d'en redescendre. Après l'euphorie d'Uyuni, la chute fut brutale et douloureuse. Au matin du départ, le Capitaine grimace : sa santé fait de nouveau des siennes. Une nuit de vomissements et de diarrhées plus aiguës que de coutume, un estomac noué. Nous sommes maintenant habitués à ce genre d'intempéries intestinales, mais tout de même. Cela dit, comme Haddock est un surhomme invulnérable, hors de question de céder aux caprices gastriques, vogue la galère et advienne que pourra. Ventre vide, mais mental d'acier, notre héros chevauche son vélo et en avant Guingamps !
Nous quittons Uyuni sans problème et une belle piste se présente à nous : un genre de tôle ondulée harmonieusement recouverte de couches de sables fin, granuleux ou épais selon l'humeur. De quoi avoir l'impression d'être en pleine mer, un soir de belle tempête : remède qui a déjà fait ses preuves contre la nausée... D'autant qu'un vent patagon s'est levé. Par chance, il nous pousse plus qu'il nous freine. Et le Capitaine est vaillant, mille milliards de mille sabords, il n'en est pas à sa première tempête !
Mais tout de même.
A force de chercher des chemins de traverse à la tôle plus clémente, nous nous égarons : la route est loin maintenant et une rivière nous en sépare. Demi-tour ! Face au vent, of course, c'est plus marrant.
Trente kilomètres et trois heures de lutte plus tard, Haddock jette sa pipe à terre : liquidé, muerto, cassé, HS, game over. Ca tombe bien : on arrive dans un village ! Ah, les villages de Bolivie : de petits points sur la carte, et... des ruines sur le sable ! De vrais villages fantômes perdus dans les brumes sablonneuses... On se demande qui peut bien vivre là : la plupart des maisons de terre cuite n'ont pas de toits, et gardent leurs fondations comme vague souvenir du passé. Pourtant, nous sommes toujours surpris de découvrir une ou deux âmes ici ou là, à la esquina. Un grand bâtiment jouxte la voie de chemin de fer, Blanche-Neige s'y aventure, petite feuille d'automne résistant à la tempête hivernale. Plusieurs maisonnettes de bois se touchent : un voisin nous autorise à en occuper une. Ouf ! Enfin à l'abri du vent ! A 15 heures, la toile de tente prend place sur la terre battue ; à 15h03, le Capitaine s'endort, pour ne se réveiller qu'au petit matin. L'estomac à la place des intestins et vice versa. Le vent, qui a pris sa petite pause sous les étoiles, reprend vigueur au premier rayon de soleil. Nous n'avons plus d'eau : il nous faut repartir. Mais le Capitaine est vaillant : ventre vide, et mental d'acier, notre héros chevauche son vélo et en avant Guingamps !
Sauf que. Sauf que le vent n'est plus du vent, la tôle ondulée n'est plus de la tôle ondulée, et nos héros plus des héros. La seule chose que la Patagonie pourrait envier à la Bolivie, c'est son sable ! On ne distingue bientôt plus le bleu du ciel : une brume jaune occupe le premier plan. Des rafales continues jettent sur nous des rubans de sable que nous avons peine à éviter. Nous nous protégeons le visage en arborant nos cagoules de gangster, dérapons sans cesse sur cette route instable, poussons nos vélos grinçants, regards à terre et yeux plissés. Du paysage nous ne verrons rien. Nous attendons le prochain village-fantôme : 30 kilomètres nous dit la carte...
45 km et 4 heures de lutte plus tard, nous apercevons notre première âme : un papi, qui, pour l'occasion, arbore ses lunettes de piscine. Pas bête. Les yeux rouges, les membres frigorifiés (nous sommes toujours à 4000 mètres...), et le ventre vide du Capitaine, nous implorons de l'aide. Une "auxiliaire de santé" nous reçoit et nous donne de quoi réhydrater Haddock, avec, en sus, un médicament miracle contre les tempêtes intestinales. Et puis, comme ici, en Bolivie, on n'est pas du genre à laisser son prochain en rade, on nous octroie un petit local où on pourra se reposer, et, sûr, sûr, la tempête va cesser. Encore faut-il savoir laquelle... Car si le vent s'arrête bel et bien à la nuit tombée, le barbu de Blanche-Neige, lui, est à l'agonie. Le médicament a dû se tromper de miracle : le Capitaine se tord de douleur, peine à respirer, et tremble de convulsions et d'inquiétude. Sa belle n'en mène pas plus large. Inutile de compter sur une voiture pour faire les trente derniers kilomètres qui nous mèneront à Atocha, ville vivante dotée d'un hôpital... La nuit avance et on finit par s'endormir. Demain est un autre jour.
Au réveil, Haddock est de nouveau vaillant (ventre vide et mental d'acier, on sait). Le bleu du ciel a repris ses droits, les grains de sable ont retrouvé leur logis. On reprend la route dans un paysage nouveau : une sorte de Cappadoce colorée. Le relief vallonné nous joue un dernier tour, mais nous atteignons enfin Atocha, direction Hôpital. Un hôpital tout neuf, où le Capitaine pourra faire toutes les analyses nécessaires. En attendant, on prend sa température, sa tension, et on le pèse... Haddock ne ressemble plus à rien : il a déjà perdu 10 kg depuis notre départ !
On est dimanche, on ne fera les analyses que demain. D'ici là, on se trouve un petit hôtel, on se glisse sous les draps, et on attend. Ventre vide et mental d'acier.
Nous quittons Uyuni sans problème et une belle piste se présente à nous : un genre de tôle ondulée harmonieusement recouverte de couches de sables fin, granuleux ou épais selon l'humeur. De quoi avoir l'impression d'être en pleine mer, un soir de belle tempête : remède qui a déjà fait ses preuves contre la nausée... D'autant qu'un vent patagon s'est levé. Par chance, il nous pousse plus qu'il nous freine. Et le Capitaine est vaillant, mille milliards de mille sabords, il n'en est pas à sa première tempête !
Mais tout de même.
A force de chercher des chemins de traverse à la tôle plus clémente, nous nous égarons : la route est loin maintenant et une rivière nous en sépare. Demi-tour ! Face au vent, of course, c'est plus marrant.
Trente kilomètres et trois heures de lutte plus tard, Haddock jette sa pipe à terre : liquidé, muerto, cassé, HS, game over. Ca tombe bien : on arrive dans un village ! Ah, les villages de Bolivie : de petits points sur la carte, et... des ruines sur le sable ! De vrais villages fantômes perdus dans les brumes sablonneuses... On se demande qui peut bien vivre là : la plupart des maisons de terre cuite n'ont pas de toits, et gardent leurs fondations comme vague souvenir du passé. Pourtant, nous sommes toujours surpris de découvrir une ou deux âmes ici ou là, à la esquina. Un grand bâtiment jouxte la voie de chemin de fer, Blanche-Neige s'y aventure, petite feuille d'automne résistant à la tempête hivernale. Plusieurs maisonnettes de bois se touchent : un voisin nous autorise à en occuper une. Ouf ! Enfin à l'abri du vent ! A 15 heures, la toile de tente prend place sur la terre battue ; à 15h03, le Capitaine s'endort, pour ne se réveiller qu'au petit matin. L'estomac à la place des intestins et vice versa. Le vent, qui a pris sa petite pause sous les étoiles, reprend vigueur au premier rayon de soleil. Nous n'avons plus d'eau : il nous faut repartir. Mais le Capitaine est vaillant : ventre vide, et mental d'acier, notre héros chevauche son vélo et en avant Guingamps !
Sauf que. Sauf que le vent n'est plus du vent, la tôle ondulée n'est plus de la tôle ondulée, et nos héros plus des héros. La seule chose que la Patagonie pourrait envier à la Bolivie, c'est son sable ! On ne distingue bientôt plus le bleu du ciel : une brume jaune occupe le premier plan. Des rafales continues jettent sur nous des rubans de sable que nous avons peine à éviter. Nous nous protégeons le visage en arborant nos cagoules de gangster, dérapons sans cesse sur cette route instable, poussons nos vélos grinçants, regards à terre et yeux plissés. Du paysage nous ne verrons rien. Nous attendons le prochain village-fantôme : 30 kilomètres nous dit la carte...
45 km et 4 heures de lutte plus tard, nous apercevons notre première âme : un papi, qui, pour l'occasion, arbore ses lunettes de piscine. Pas bête. Les yeux rouges, les membres frigorifiés (nous sommes toujours à 4000 mètres...), et le ventre vide du Capitaine, nous implorons de l'aide. Une "auxiliaire de santé" nous reçoit et nous donne de quoi réhydrater Haddock, avec, en sus, un médicament miracle contre les tempêtes intestinales. Et puis, comme ici, en Bolivie, on n'est pas du genre à laisser son prochain en rade, on nous octroie un petit local où on pourra se reposer, et, sûr, sûr, la tempête va cesser. Encore faut-il savoir laquelle... Car si le vent s'arrête bel et bien à la nuit tombée, le barbu de Blanche-Neige, lui, est à l'agonie. Le médicament a dû se tromper de miracle : le Capitaine se tord de douleur, peine à respirer, et tremble de convulsions et d'inquiétude. Sa belle n'en mène pas plus large. Inutile de compter sur une voiture pour faire les trente derniers kilomètres qui nous mèneront à Atocha, ville vivante dotée d'un hôpital... La nuit avance et on finit par s'endormir. Demain est un autre jour.
Au réveil, Haddock est de nouveau vaillant (ventre vide et mental d'acier, on sait). Le bleu du ciel a repris ses droits, les grains de sable ont retrouvé leur logis. On reprend la route dans un paysage nouveau : une sorte de Cappadoce colorée. Le relief vallonné nous joue un dernier tour, mais nous atteignons enfin Atocha, direction Hôpital. Un hôpital tout neuf, où le Capitaine pourra faire toutes les analyses nécessaires. En attendant, on prend sa température, sa tension, et on le pèse... Haddock ne ressemble plus à rien : il a déjà perdu 10 kg depuis notre départ !
On est dimanche, on ne fera les analyses que demain. D'ici là, on se trouve un petit hôtel, on se glisse sous les draps, et on attend. Ventre vide et mental d'acier.
3 commentaires:
il me semblait bien qu'il était pas bien gros sur les photos le guigui... j'espère que vous nous aurez requinqué tout ça !!... Allez les ventres vides et mental d'acier, la dernière ligne droite est droit devant !!! En avant guingan (j'adooore l'expression) !
mama
Remettez vous bien et finissez en beauté!!!!
Un petit bonjour de Rome et Milan où on pense à vous !!! Requinquez vous bien.
A presto
Sara
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